Longtemps perçu comme un sujet touchant principalement les métiers les plus exposés aux contraintes physiques, le phénomène des malaises mortels au travail rappelle aujourd'hui une réalité plus large : personne n'est à l'abri. La nouvelle étude de l'INRS confirme que ces drames représentent près de 60 % des accidents du travail mortels reconnus.
Plus préoccupant encore : les cadres et directeurs constituent la deuxième catégorie professionnelle la plus touchée, juste derrière les conducteurs de poids lourds. Une réalité largement méconnue, tant l'image du cadre reste associée à un travail intellectuel, supposé moins exposé aux risques professionnels.
Pourtant, derrière cette statistique se cache une réalité que beaucoup vivent au quotidien. Les responsabilités croissantes, les journées qui débordent largement des horaires théoriques, la multiplication des réunions, les déplacements, les objectifs toujours plus exigeants ou encore l'hyperconnexion permanente constituent autant de facteurs susceptibles d'accroître les risques cardiovasculaires. À cela s'ajoutent les risques psychosociaux : surcharge de travail, pression des résultats, perte d'autonomie ou isolement des managers.
Les études scientifiques confirment d'ailleurs que ces conditions ne sont pas sans conséquence. Selon les travaux de l'OMS et de l'OIT, travailler 55 heures ou plus par semaine augmente de 35 % le risque d'AVC et de 17 % le risque de décès par cardiopathie ischémique, par rapport à une durée hebdomadaire comprise entre 35 et 40 heures. À l'heure où les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle s'effacent, ces chiffres doivent alerter.
L'étude de l'INRS montre également que, dans plus de huit cas sur dix, le malaise survient alors que le salarié effectue une activité habituelle. Plus frappant encore, près des trois quarts des victimes étaient seules au moment du malaise, retardant considérablement les secours.
Pour la CFTC Cadres, ce constat impose de dépasser la vision traditionnelle de la prévention. Il ne suffit plus de traiter les seuls risques physiques : la santé cardiovasculaire doit devenir un véritable enjeu de qualité de vie et des conditions de travail, au même titre que la prévention des risques psychosociaux.
Les pistes avancées par l'INRS vont dans le bon sens : renforcer le suivi médical, notamment lors de la visite de mi-carrière, mieux repérer les facteurs de risque, former davantage de sauveteurs secouristes, améliorer l'organisation des secours et sensibiliser les salariés aux signes d'alerte.
Mais il faut aller plus loin. Pour les cadres, la prévention passe aussi par une véritable réflexion sur l'organisation du travail : charge compatible avec les responsabilités exercées, droit effectif à la déconnexion, limitation des amplitudes horaires et prévention de l'isolement des salariés.
La santé ne doit jamais devenir la variable d'ajustement de la performance. Préserver la santé des cadres, c'est aussi garantir leur capacité à exercer durablement leurs responsabilités et à contribuer à une performance réellement durable, au bénéfice des salariés comme des entreprises.
Source : Lettre cadres CFTC
Information Institut national de recherche et de sécurité (INRS) pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles
L’exposition à ces situations de travail peut avoir des conséquences sur la santé des salariés, notamment en termes de maladies cardio-vasculaires, de troubles musculosquelettiques, de troubles anxio-dépressifs, d’épuisement professionnel.
Les risques psychosociaux (RPS) ont souvent des causes communes liées à l’organisation du travail et peuvent se renforcer mutuellement. Comme tous les risques professionnels, ils doivent être évalués, faire l’objet d’actions de prévention adaptées et privilégier des mesures collectives agissant en amont. La prévention des RPS repose avant tout sur une démarche centrée sur le travail et son organisation. Si cette prévention est indispensable, les démarches de qualité de vie au travail (QVT) répondent également à des enjeux plus larges, tels que la performance, l’égalité professionnelle, l’équilibre des temps de vie et le dialogue social.